SAISON 03
Le conteneur, objet de transition



Ce deuxième volet de recherche démarera en 2021 avec les étudiants en année 3 de design process de la Hear accompagnés des jeunes diplômés qui seront retenus lors du futur appel à projet 2021 ; nous posterons ici les réflexions, les dessins, les ébauches et les autres résultats de nos débats.


                                                                                              Container maritime.

Un conteneur, de la marchandise au déchet


Il existe pléthores de formes de conteneurs de tri, comme présenté par ailleurs (article un conteneur, c’est quoi ?).
Il est intéressant de constater que dans la symbolique et la sémantique de vocabulaire nous passons du container (maritime) au conteneur de tri. Le jeu de voyelles changées nous fait passer du cargo porte-container (shipping container) au conteneur de tri de déchets urbain, comme si aucun autre imaginaire de pouvait enrichir le conteneur de tri et notre rapport aux déchets.
Le monde du container maritime est gigantesque, voire titanesque, pour prendre conscience de ce gigantisme, citons le MSC Gülsün, plus grand porte-conteneurs du monde, avec ces 400 mètres de long dépasse en longueur la hauteur de la tour Eiffel et peut embarquer, par exemple, 386 millions de paires de chaussures ou 47 512 voitures… En France, le Saint Exupéry avec ses 200 000 tonnes, est le plus grand porte container français.
Formellement ce parallèle existe également entre les containers et les conteneurs, le métal, les couleurs, et les formes restent similaires. Beaucoup d’efforts ont été fait dans les nouveaux conteneurs en matières plastiques ou de biodéchet par exemple, mais ce vocabulaire formel reste industriel et de logistique.

La récolte des déchets ménagers, même au travers d’un mobilier urbain ne s’accompagne aujourd’hui d’aucune poésie comme si ces objets devaient nous rappeler que nos déchets ne sont que des marchandises venues dont ne sait où et allant nous ne savons où.
Nathalia Moutinho




Le conteneur, objet de transition



Nous avons analysé le statut du conteneur, qui est un objet particulier tant par son aspect technique que par son usage. Le conteneur est une sorte de non-objet, objet posé en site urbain ou péri urbain, il est un espace de décharge organisée. L’usager vient y déposer ses détritus après les avoir soigneusement triés. Venir au conteneur est un acte volontaire, d’ailleurs ces objets sont nommés des lieux d’apports volontaires. Il y a une notion d’effort dans cette démarche de tri.
Pourtant ce conteneur est voué à être vidé et rempli indéfiniment, il ne fait que délimiter un espace, un parallélépipède ; il définit un cubage. Cette matière est ensuite transvasée sur un camion qui lui-même est ensuite vidé.

Le conteneur tout comme le camion ne sont donc que des objets de transitions, entre l’usager et l’usine de tri avant envoi vers le recyclage. Le conteneur est un objet de logistique.
Il n’est en rien lié au terrain sur lequel il se pose, il ne veut rien avoir à communiquer avec lui, ni son odeur, ni son bruit, ni son suintement. Pourquoi cet objet n’est-il pas roulant, au lieu de le vider dans un véhicule ? et pourquoi le tri ne s’y opère pas directement ?
Si le conteneur était un dessin animé, pour sûr que comme Wall-e, il ferait le tri et rejetterait au visage de l’usager le mauvais plastique mis au mauvais endroit, et il compacterait au maximum les déchets sur place pour en sortir des ballots.
Nathalia Moutinho