SAISON 02

La collecte





Flotte de camions de la ville de Strasbourg.


Dans un monde complexe produisant des quantités d’objets de manière exponentielle, le designer conçoit dans une conscience écologique, sociale et éthique ; comme obligé de penser un futur responsable.

Face aux enjeux environnementaux, la manière de concevoir, de produire ainsi que celle de vendre et de consommer génère pour le designer une nouvelle manière de penser les objets, les ressources, les matières premières et les rebuts en y intégrant une pensée globale.
Le thème de la collecte nous invite à comprendre, penser et réfléchir aux cycles des objets qui deviennent déchets.
Le thème de la seconde vie, du dé-cyclage et recyclage sont au cœur des débats.

Nous nous apercevons que notre vocabulaire n’est pas assez riche pour exprimer la gestion invisible de tous ces objets que l’on déconstruit et détruit pour redevenir matière.

Cette hypothèse de travail est née de nos débats durant l’année universitaire 2019 - 2020.
L’ambition de ce travail est d’aboutir à un évènement et une master-class.
Les évènements sanitaires et le confinement ont ralenti nos recherches et démarches ; nous prévoyons d’aboutir en fin d’année universitaire 2021.



Une installation urbaine, le recycleur recyclé


Au travers de tous nos échanges, nous avons compris les difficultés de communication autour des enjeux du recyclage. Cette mission qui incombe aux citoyens ajoute une corvée quotidienne. La complexité des matériaux des objets manufacturés rend cette tâche difficile. La vision négative liée au tri nous semble être un véritable frein à l’acte de tri. 
Nous avons étudié différentes manières de valoriser les déchets auprès du citoyen et consommateur. Nous proposons de créer un évènement public, qui valorise le conteneur pour valoriser le déchet.

En reprenant le principe du déchet devenant matière première, il s’agit de réinvestir les anciens conteneurs qui ne sont plus réparables pour repenser un nouvel objet de collecte qui rend la collecte active et collective.
Nous avons constaté le réemploi répétitif des vieux conteneurs caduques et nous avons compris que ces conteneurs étaient mis au rebut essentiellement pour des raisons formelles.
Réparés, nettoyés, repeints, nous avons imaginés des scénarii de réutilisation. Le conteneur est désossé est transformé en une sorte d’urne urbaine vitrée.
Une campagne de communication accompagne cet évènement et l’ancien conteneur devient un support de communication. Nous imaginons intégrer un conteneur au coeur de la ville pour amener l’usine de traitement des déchets au coeur de sa production, la ville.
Cette action essayera de réhabiliter l’acte de tri et le positionner au coeur de la ville.



Sensibiliser


Nous proposons donc de réhabiliter plusieurs anciens conteneurs pour les transformer en un espace d’échange. Il s’agit de réaliser ces objets avec Sirmat et d’intervenir au sein de la société Sirmat.
Les anciens conteneurs deviennent un support de communication, pour faire entrer dans les murs de la ville un aperçu de l’usine et du travail du tri. Il s’agira d’investir un espace urbain pour créer un espace de tri avec le conteneur réhabilité.

A partir d’un ou plusieurs conteneurs, qui présentent une ou plusieurs matières recyclables, il s’agit de montrer et de valoriser la filière de recyclage du papier, carton, métal, aluminium ; par exemple.

A partir des questions suivantes, « Comment sensibiliser ? Comment rendre compréhensible la démarche de tri auprès du citoyen et comment l’impliquer dans le geste de tri ? », Rose Ekwe propose de compléter l’action décrite ici par la création d’objets d’accompagnement.
Sorte de kit de sensibilisation, ce kit raconte des histoires d’objets tel un journal de quartier, de témoignages des habitants, ce catalogue sensibilise l’habitant au travers d’histoires.
Ce carnet peut devenir également un dictionnaire de matériaux voire une matériauthèque puisque les histoires sont liées à des matières de recyclages ; et la notion tactile est précieuse car la matière suscite la curiosité.
Le catalogue peut se réaliser éventuellement à partir de déchets et donc donner du sens au geste de tri. Ces histories ont vocation a expliquer comment le déchet devient ressource.
Ces histoires peuvent éventuellement devenir des sacs, des cartons, des contenant qui font le lien entre la maison et le conteneur de tri.





Echanger


A partir de ces différentes matières nous imaginons différents objets.
La communication prévient les usagers que leurs déchets ont de la valeur et qu’un jour d‘échange va avoir lieux. Les citoyens viennent déposer une certaine quantité de matières de papier, de carton ou métal, pet, ou phd ou de brique alimentaire. Et en échange de cette matière déposée dans l’urne ils peuvent avoir un objet dessiné par un designer.
Les usagers viennent échanger une certaine quantité de matière contre un objet.

Ce projet va prendre forme lors de nos rencontres dès le mois d’octobre et se clôture par une master-class en cours de construction.
Notre mission durant la Master Class :
Concevoir et réaliser différents objets à partir des matières définies, avec un designer invité.
Concevoir la communication et le conteneur vitré.
Organiser l’évènement.








Centre de tri


Voici un reportage de 1973 qui présente un des premiers centre de tri aux Etats Unis.



Lien entre richesse et pollution _ 1973
    Interview du sociologue Alain Touraine

Ce reportage aux Etats Unis sur le recyclage des déchets à travers l'exemple d'une usine de College Park, près de Washington, fonctionnant avec des centrifugeuses ainsi qu'à Los Angeles, où des centres de tris ont été récemment installés. Alain Touraine réagit à ces initiatives en expliquant que le recyclage n'est pas la solution à l'augmentation exponentielle de la production de déchets. Il rappelle également que cette pollution relève surtout des classes sociales les plus riches.

On parle dans ce reportage de « chiffonnier industriel », comme si ce métier de ramassage à échelle humaine peut rester le m^me en devenant industriel.
Il est interessant de voir que sur ce site le déchets et évidemment trié mais surtout tout de suite concassé et déchiqueté pour redevenir au mieux de la matière seconde.


« Il ne s’agit pas simplement d’être bien gentil, d’être un bon citoyen. On vous bourre votre boîte à lettre de papiers que vous n’avez pas demandé et qui sont finalement des stimulus non souhaités ; que vous soyez  obligés d’aller transporter ces prospectus publicitaires à 20 km de votre domicile pour rendre service. Là je trouve qu’on pourrait aboutir à l’absurde. »

Autrement dit pour vous, au niveau des objets au moins, la notion de gaspillage l’emporte sur la notion de déchets

« La notion de gaspillage c’est une notion tout à fait essentielle, parce que, toute catégorie dirigeante dans l’histoire se caractérise à la fois par son austérité par sa capacité d’investir et au niveau de la consommation par son gaspillage. Et ce qui caractérise notre société c’est que nous européen, nous gens des pays riches, une grande proportion d’entre nous sommes devenus des dominants à l’échelle mondiale, et donc nous gaspillons et non seulement nous gaspillons mais nous salissons les autres. J’ai été frappé, sortant de la Californie américaine et entrant dans la Californie Mexicaine, la basse Californie, de voir pendant plus de cent kilomètres au-delà de Tijuana au-delà de Ensenada, de voir une côte très belle qui était entièrement abîmée par les détritus par les ordures de la riche Californie américaine. Ce n’était que boites de conserves, décharge non publique, mais décharge de fait et cela au bord de la mer sur plus de cent kilomètres.

Et je pense que cette situation là, vous indique qu’il y a aussi un certain rapport social
Je veux dire que le gaspillage c’est la capacité qu’à un centre dirigeant d’accumuler des ressources et de les transformer en détritus. Il est évident que les centres urbains les plus riches évacuent leurs ordures, évacuent tous les détritus de la ville urbaine vers les catégories socialement les plus basses.
Vous voyez des HLM se construisent auprès de tas d’ordures.
On pourrait presque dire que le rapport de la production et du détritus n’est qu’un signe physique du rapport social.
À partir d’une matière on fait un produit brillant, beau, utile, symbole de richesse et de l’autre côté on rejette des ordures. Et bien cette différenciation de l’objet brillant et l’ordure ce n’est que la forme par laquelle la société utilise des ressources des forces de production et les transforme : d’un côté en richesse et domination sociale et de l’autre côté en catégorie subordonnée ou exploitée. »  
            Alain Touraine
À retrouver sur le site de l’INA :
https://www.ina.fr/video/I20265067/alain-touraine-lien-entre-richesse-et-pollution-video.html



Le tri des déchets, une gestion forcément locale


La région du grand est se trouve être très bien doté de sites de recyclage. Il semble évident que les déchets ne doivent pas circuler et être transportés sur de grandes distances pour ne pas être autrement polluant via les trajets. La notion de local dans le déchet est de 300 km environ, ce qui semble très important.

Par exemple, une usine tétrapack se situe dans les vosges ; le plastique PET est traité dans le Haut Rhin, chez Freudenberg ; le papier est recyclé chez Norske Skog à Golbey ; l’acier et l’aluminium sont traités dans le Haut-Rhin, et dans le Bas-Rhin…

Plusieurs questions se posent en observant la carte de gestion des déchets éditée par CITEO et notamment pourquoi le déchet est géré de manière Franco-Française ? le Rhin n’apparait pas sur la carte alors qu’il est non seulement un moyen de déplacement peu couteux au travers de péniches mais aussi le cœur du bassin rhénan qui pourrait être la géographie logique de la gestion des déchets.
Nous ne pouvons que faire le constat d’une mer devenue poubelle, et ceci à l’échelle mondiale.
Le Rhin prend sa source en Suisse pour ensuite couler en 4 pays ne doit-il pas être un enjeu lié aux déchets ?

Ne doit-on pas penser la récolte des déchets et leur gestion en intégrant un circuit local et la topographie des régions ? Doit-on gérer les déchets de la même manière en Ile de France que dans le Grand Est ?
Nathalia Moutinho